Qui-suis-je ?

 

Il m'est très difficile de me décrire, je laisse donc ce soin à Myriam Blouin qui signe l'article paru dans Magic Patch n° 78 aux Éditions de Saxe.

 

Véronique Grzesiak : une artiste textile amoureuse du relief.

Par Myriam Blouin

 

 

Tout autant connue sous le nom de « Véro de Douai », Véronique Grzesiak nous ouvre la porte de son atelier d’artiste à multiples facettes.

 

Etonnamment, pour Véronique, la rencontre avec le tissu est d’abord passée par le tricot ! Effectivement, tricoteuse véloce et acharnée, rapidement l’apprentissage de nouveaux points et les reproductions d’après fiches ou catalogue ne suffisent plus à véronique qui se met alors à dessiner ses propres modèles. Il faut dire que le dessin a toujours été une passion chez elle, une passion qui l’a habitée dès son plus jeune âge sans que les exigences de la vie lui permettent de s’orienter professionnellement vers les disciplines artistiques. Toutefois, le manque était tel que, sitôt mariée, elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Douai pour y apprendre la peinture, l’aquarelle, la peinture sur porcelaine, le pastel et encore d’autres techniques graphiques. A peine achève-t-elle un module d’initiation qu’elle se tourne vers un autre, gourmande, insatiable de nouveaux savoirs et de nouveaux savoir-faire. C’est autant de techniques qui vont la servir à l’heure de quitter la toile de lin enduite sur châssis et la feuille de papier format raisin pour s’en aller explorer le monde insondable du tissu.

 

De nombreuses lectures, la visite d’expositions et quelques rencontres vont révéler à Véronique son attirance pour les étoffes et la broderie au point de devenir co-fondatrice du feu Festival de la Bourboule. Quelques coups de ciseaux et quelques aiguillées de fil plus tard, Véronique Grzesiak donne naissance à Véro de Douai, une artiste en émergence riche de nouvelles propositions artistiques dans un domaine encore mal introduit en France : l’art textile. Comme toujours, Véro ne s’arrête pas au monde magique de la broderie aux rubans sur tissu ou aux assemblages simples. Le patchwork l’intéresse au sens admiratif mais c’est plutôt le crazy qui aurait sa préférence au sens décoratif. Mais pour faire du patchwork, il faut coudre. La broderie l’intéresse, la couture beaucoup moins. Elle ne méprise rien et reconnaît le talent des quilteurs. D’ailleurs, elle se dit surtout bien incapable de faire du patchwork traditionnel avec ses angles parfaits et ses pointes spectaculaires. Elle s’enthousiasme sans frein pour l’adresse de ceux qui exposent des pièces exemplaires où les coutures se rejoignent et coïncident impeccablement, où aucun point ne dépasse mais, pour sa part, elle ne saurait pas s’attacher à la seule excellence technique pour satisfaire ses attentes personnelles. Non, Véro de Douai n’est définitivement pas quilteuse.

 

Superposer des épaisseurs, créer de nouvelles textures en feutrant, inclure des éléments dans un tissu de base, chiffonner, bouillonner, décorer des surfaces riches, tel est incontestablement son domaine d’élection. Sur ce terrain là, Véronique se régale. Elle est en recherche perpétuelle et tout lui est bon pour tenter des expériences de brûlage, de déformations en tous genres, de peinture, de teinture, de réactions chimiques même. En transformant sa maison en laboratoire, Véronique ne sait jamais où elle va ni ce qui peut arriver mais rien ne l’arrête tant sa curiosité doit être satisfaite. Chaque jour elle continue ses découvertes, note ses inventions et le résultat de ses manipulations. Elle innove, toujours en avance sur les tendances qui animent le monde textilien. C’est une histoire de passion, une histoire de quête, une question de tempérament. A ne jamais s’arrêter sur un résultat obtenu, à toujours prospecter plus avant dans des maniements divers et inattendus, on pourrait lui reprocher d’être sans cesse en mouvement, de ne pas s’arrêter pour exploiter ses découvertes. Mais de cette marche en avant, Véronique a su tirer un style, bien à elle, un style qui plait, un style tout à fait personnel et fédérateur qui lui permet de produire des œuvres abstraites, élégantes et raffinées comme des bijoux. Véro de Douai ne subit pas les influences, elle cherche à aller au-delà et à faire partie des découvreurs, des bâtisseurs. Elle y réussit plutôt bien !

 

Ses premières productions, plutôt figuratives, étaient le produit immédiat de ses études académiques. Aujourd’hui le temps a mûri l’artiste. Son travail ne cherche pas à coller aux conventions, il est le résultat de mélanges osés, de mariages subtils, de dosages calculés. Les matières employées sont des laines cardées et feutrées à l’aiguille, des tissus partiellement détruits à la chaleur, des voiles incrustés, des dentelles teintes, des peintures issues de pigments mélangés de provenances variées. Un peu poète, un peu chimiste, un peu sorcière ou tout à la fois, Véronique fait connaître aux poudres tinctoriales des sorts bizarres et, au four à micro-ondes, un rôle imprévu dans la notice.

 

Comme dans l’aquarelle ou la peinture chinoise qu’elle a également étudiée, Véro aime l’action sans retouche, la spontanéité. Pour cela il faut une pensée concrète, le geste sûr. Pas question de regrets ou de repentir. Pourtant, parfois, le résultat ne lui plait pas. Jamais un travail différent de ses attentes n’est jeté ou déclaré raté. Aucun essai n’est éliminé. Tout est conservé. Véronique Grzesiak a une méthode : elle les met de côté, les cache, s’efforce de les oublier puis, après quelques temps, ils ressortent au grand jour, sont regardés avec un œil neuf et connaissent un nouvel avenir. L’artiste ne se repent pas, elle prolonge sa réflexion, ajoute travail et maturation afin que soit réhabilitée l’œuvre qui l’avait déçue un instant. Un peu de feuille d’or ici, quelques morceaux de métal détournés là et son « bricolage » comme elle appelle volontiers son travail, reprend vie.

 

De ses études plasticiennes, Véronique a acquis la connaissance de la composition, des proportions, des couleurs. Elle traite chacun de ses tableaux comme une toile peinte, jouant des clairs-obscurs, de la ligne, des masses. De ses recherches elle a toujours le goût du risque, de l’inattendu et une certaine audace. De ses fringales artistiques, il reste le choix des mélanges, l’emploi de matières improbables, le besoin d’effets esthétiques. Ces facettes de sa personnalité en font une femme toujours active, toujours à la tâche. Véronique est parfois si absorbée qu’elle en renonce à décrocher le téléphone s’il sonne. Tout ou partie de chaque jour qui passe, elle s’adonne à sa passion.

 

Parfois, à la suite d’une exposition ou parce que Véronique a contribué à quelque événement retentissant, on lui demande ses recettes de fabrication et, c’est de bonne grâce qu’elle transmet ses trucs et ses astuces. Mais, en femme organisée, elle aime cadrer les choses et ces contacts. Qu’il s’agisse d’un club des environs ou de l’animation d’un atelier en salon, Véro de Douai aime enseigner aux autres ses façons de faire. Elle aime que les stagiaires d’un jour ou de quelques heures osent se lâcher, osent tenter, s’aventurer. Bien sûr, il y a les techniques de base à acquérir d’abord. Pour le piqué libre à la machine, Véronique met un point d’honneur à faire travailler sur n’importe quel matériel, aussi simple soit-il. Que la machine devienne une extension de la main et que la stagiaire soit parfaitement à l’aise avec est son premier propos. Avec l’emploi des matières synthétiques vient naturellement l’apprentissage de l’usage des matières fusibles au pistolet à air chaud ou au fer à repasser. Mais outre l’aide des machines et mécaniques en tous genres, il reste aussi à jouer de l’aiguille à la main : broderies traditionnelles, couchage de fils fantaisie, ajout de perles et de paillettes, les embellissements arrivent en fin de parcours pour sublimer le moindre des ouvrages. Et puis, autre terrain de jeu infini, le feutrage à l’aiguille permet de créer des surfaces nouvelles aux tons fondus et aux textures sculpturales. La troisième dimension n’est pas exclue du feutrage et Véronique réalise des sujets charmants dont la véracité relève du modelage tels que des oursons ou d’adorables petits lapins. Une fois que le feutrage de la laine cardée n’est plus un problème, on aborde l’incrustation de dentelles teintes, de rubans d’organza que viendront illuminer les perles posées à la main. Tout s’enseigne, tout s’apprend. Viendra ensuite le choix d’employer ces techniques ensemble ou séparément mais là, tout est affaire de goûts et d’affinités. D’ailleurs, pour aider à franchir ce pas, Véro de Douai vient de mettre sur pied un concept de stage en résidence afin qu’ à raison de six heures de pratique au moins par jour, les stagiaires perdent toute timidité et se lancent. Pour cela elle a choisi un terrain neutre dans le cadre enchanteur des Ardennes Belges à deux heures à peine de Lille et seulement une heure de Bruxelles ; une destination facile à joindre par route, rail ou air.

 

Avec l’ensemble de ses réalisations, Véronique Gzresiak interprète à sa manière un monde onirique qu’elle aime et qu’elle imagine en couleurs fondues et mêlées parfaitement traduites par les matières dont elle dispose. Ainsi, elle n’hésitera pas à détourner des plastiques, des morceaux de métal ou à reconsidérer l’aspect artistique de telle étiquette arrachée ou de telle opercule déchirée. Les rubans, les perles, les paillettes ajoutent une dimension précieuse à ses œuvres qu’elle traite de façon tout à fait picturale, même quand il n’est question que de fabriquer un tissu à transformer ensuite. Pour autant, Véronique aime la simplicité avant tout. Elle sait que l’on peut tirer parti de tout ce qui nous entoure et s’attache tout particulièrement, pour le public, à faire utiliser les matériaux et matériels les moins sophistiqués ; une excellente manière de donner une bonne confiance en soi à quiconque souhaitant aborder l’art textile en suivant les traces de Véro de Douai. La précision, la délicatesse du résultat, la qualité du travail naissent de l’idée que l’on se fait, à l’avance, du projet fini.

 

C’est dans cet état d’esprit, avec une machine à coudre de début de gamme et des fournitures ordinaires, que Véronique a réalisé 40 superbes pièces présentées au Salon Créativa de Douai en 2007. Pour les débutantes en art textile, cet aboutissement est un véritable encouragement.

 

Il est encore un petit peu tôt pour dévoiler les projets 2009 de Véronique Grzesiak mais un projet lui trotte dans la tête : ajouter le travail de peintre à celui de textilienne pour créer une œuvre mixte où les deux techniques se fondent et se confondent. Une œuvre où peinture à l’aiguille prendrait plus que jamais son sens.

 

Fin de l'article .

 

Postface:

Ecrire pour un article de magazine n’est pas toujours facile mais parler de quelqu’un que l’on apprécie et dont on admire le travail, voilà qui est corsé !

Parce que nous avons les mêmes intérêts pour les arts textiles, le travail du tissu, l’embellissement des broderies, j’aimerais suivre l’un de ses cours. D’ailleurs, je suis un peu jalouse de toutes ces stagiaires qui ont eu la chance d’assister à l’un des cours qu’elle donne un peu partout en France, dans les clubs, dans les salons et dans des manifestations aussi prestigieuses que Sainte-Marie aux Mines où elle s’est rendue ces trois dernières années ou, maintenant, Aigu’illes du Luberon. Même nos voisines européennes proches ont eu cet avantage.

A quand les cours en ligne et les ateliers en forum interactif ? Oui, je sais, il y a les stages en résidence qui permettent de se poser quelques jours durant et n’avoir plus rien d’autre en tête que ce que l’on aime. Alors….. je ne dis pas non. Tu m’accepterais, Véro ?

Amicalement,

 

Myriam

 

Commentaires (1)

1. bernadette cigony 19/04/2010

Chère Véro de Douai

j'ai regardé votre site avec beaucoup d'attention et ne puis que vous féliciter de tout ce que vous faites, grâce à votre belle créativité -

nous avons donné, au musée de la dentelle de Caudry, les instruments et les napperons en très grand nombre qui avaient été faits en 1899-1900 par ma grand mère, qui était brodeuse au filet - avec le matériel de l'époque - si vous y allez un jour, ceci a été répertorié sous le nom de Vandeville -

moi aussi, je brode, je couds, etc et je travaille beaucoup la récupération -
merci de notre premier contact et bon courage

bernadette cigony

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